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Macron/Le Pen : analyse des engagements pour l’alimentation de demain

5 mai 2017 -

Environ 6 minutes

Le quinquennat de François Hollande qui s’est terminé sur les chapeaux de roues côté nutrition avec la mise à jour des repères de consommation et l’arrivée du Nutriscore. Malgré cela, le sujet de l’alimentation n’a été que très peu abordé lors des principaux débats télévisés de cette présidentielle. Comme certains d’entre vous sont certainement encore indécis et que tout argument est bon à prendre pour aller aux urnes, le Nutriscope décrypte pour vous le « programme alimentaire » des deux candidats à la présidence.

Bien-évidemment, aucune prise de partie ne s’est cachée dans les lignes qui vont suivre (non pas que ce ne soit pas tentant).

Des divergences concernant l’agriculture biologique

Emmanuel Macron souhaite développer la filière bio en récompensant les agriculteurs qui proposent des « démarches de transitions environnementales ». Il réserve un budget de 200 millions d’euros prévu à cet effet, et promet 50% d’aliments bio et locaux dans les assiettes des restaurations collectives d’ici la fin de son quinquennat. Conscient du potentiel économique du secteur (+20% en 2016), il demande une intensification de la production d’aliments bio, afin que la filière soit « forte et compétitive » à l’international. S’il est élu, il faudra surveiller de près comment il concrétise ce projet sans tomber dans la production intensive… (et Le Nutriscope s’en chargera).

La position de Marine Le Pen sur le sujet a bien évolué depuis la dernière présidentielle. Alors qu’elle parlait à l’époque de « dictature du bio » et de « gros sous enrobés de bons sentiments », elle est aujourd’hui consciente du potentiel qui repose sur ce secteur et désire, elle aussi, le développer au maximum. Elle veut tellement le développer qu’elle promet d’inciter à produire « massivement bio ». Deux mots qui semblent bien contradictoires mais qui rejoignent le modèle d’Emmanuel Macron, basé sur la surexploitation d’un mode de production reposant sur le respect du rythme de la nature et de ses ressources ; la candidate ne s’est d’ailleurs pas exprimée de manière négative sur le sujet des fermes-usines en France.
Côté chiffre, elle ne s’avance pas sur la restauration collective, mais promet de mettre en place une T.V.A. à 0% réservée aux produits issus de l’agriculture biologique afin d’en faciliter l’accès.

Protéger l’agriculture française, et ses consommateurs

Le candidat d’En Marche ! réclame une harmonisation des conditions d’élevage à l’échelle européenne afin de contrôler la qualité des aliments importés et exportés. Afin de faire coïncider les intérêts de chacun, il prévoit l’organisation d’un Grenelle de l’alimentation. Cet événement serait l’occasion de rassembler tous les acteurs de l’alimentation afin de fixer les nouveaux enjeux de l’agriculture française.
Cependant, bien qu’il soit soucieux de « protéger les agriculteurs » et consommateurs français grâce à la réglementation, Emmanuel Macron est un peu plus flou sur la protection de leur santé. Effectivement, pas d’urgence apparente concernant l’emploi des pesticides puisqu’il affirme « qu’il faut une sortie progressive de leur utilisation », précisant « quand cela sera possible ». Flou artistique aussi au sujet des OGM : le candidat centriste se dit défavorable à leur utilisation et leur culture, mais il prévoit tout de même d’augmenter les budgets de recherche qui leur sont consacrés afin « d’en étudier tout le potentiel »… juste au cas où !

A l’inverse de son opposant politique, Marine Le Pen souhaite s’émanciper de l’Europe pour être plus proche des contraintes agricoles françaises. La candidate du Front National est notamment défavorable à l’utilisation des pesticides et à la culture d’O.G.M. sur le territoire, mais avance que l’Union Européenne empêche cette transition (ce qui n’est qu’à moitié vrai car l’U.E. a la main sur l’utilisation des pesticides, mais pas sur leur culture). Elle promet aussi de rendre les frontières plus « étanches » pour protéger les agriculteurs en imposant des normes strictes pour les denrées alimentaires importées sur le territoire.
Afin d’assurer la transition agricole, Marine Le Pen mise sur les plus jeunes. Elle espère développer les formations professionnelles et rendre la filière plus attrayante aux yeux des nouvelles générations.

Une cause commune : faire de l’alimentation-santé une notion plus accessible

Les deux candidats semblent (et c’est assez rare pour être souligné) en harmonie sur le sujet de l’accès à une alimentation plus saine.

Ils optent tous les deux pour le maintien de mesures de communication telles que le nutri-score, et veulent mener l’expérimentation de ce nouveau pictogramme à son terme. Conscients que la santé passe aussi par l’activité physique, Le Pen et Macron sont favorables au développement de structures de sports publiques et gratuites, accessibles au plus grand nombre. Le F.N. amplifie cette idée en promettant la mise en place de chèques-sport destinés aux populations les plus précaires et/ou exposées à des risques sanitaires.
Enfin, aucun des deux candidats ne souhaite la mise en place d’une « taxe malbouffe« , bien que leurs arguments pour expliquer leurs points de vue diffèrent. Marine Le Pen ne veut pas rendre certains produits inaccessibles aux populations les plus démunies, tandis qu’Emmanuel Macron ne souhaite pas freiner la productivité industrielle. Ils ne pouvaient pas s’entendre sur toute la ligne non plus…

comparaison programme alimentation macron lepen

Même si le sujet n’a pas été celui qui a été le plus médiatisé, on note une évolution très intéressante des mentalités entre la précédente présidentielle et celle qui se bouclera dimanche. Même si les intérêts en matière d’économie et d’emplois semblent soucier d’avantage nos deux candidats que l’aspect sanitaire et environnemental, on ne peut que se réjouir (au moins un peu) de voir le bio, l’éducation nutritionnelle et l’activité physique au sein de leur programme.

Bilan de ce duel d’idées : une programme un peu flou entre le développement du bio, et de le désir d’en faire une agriculture de masse pour Emmanuel Macron, et la promesse d’une agriculture française centrée sur elle-même et hermétique à l’Europe pour Marine Le Pen. On note aussi deux chevaux de batailles en commun : protéger l’agriculture française et rendre la nutrition-santé plus accessible.

Rendez-vous, tout d’abord, dimanche aux urnes, et puis dans quelques mois pour faire le bilan des promesses du (de la) président(e) élu(e).

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